Faut-il que Nicolas Sarkozy se sente à ce point menacé pour nous livrer cette suite d’annonces honteuses allant toutes dans le sens de la stigmatisation des plus faibles ?

Nous avons d’abord eu droit, à notre plus grande stupeur, après des incidents certes répréhensibles, mais qui ne pouvaient en aucun cas donner lieu à une telle généralisation, à la convocation à l’Elysée d’une réunion « sur les problèmes causés par le comportement de certains roms et gens du voyage », dont les conclusions ont été l’expulsion en trois mois de la moitié des campements illégaux (lesquels sont largement dus à l’insuffisance notoire des aires de stationnement prévues dès la loi Besson – pas le même prénom…- de 1990) et à la menace de reconduite massive aux frontières des citoyens européens, hélas de seconde zone, que sont les roms roumains et bulgares. Les « gens du voyage », citoyens français pour 95% d’entre eux, souffrent largement d’une discrimination due à des préjugés vivaces qui justifieraient précisément un soutien appuyé de l’Etat. Ils ont sans doute déjà ressenti avec amertume cet amalgame pénible fait avec des délinquants et avec cette population terriblement marginalisée que sont les roms étrangers. Quelle n’a pas dû être leur consternation quand le ministre de l’intérieur, sur les marches de l’Elysée, en faisant référence aux plaintes d’on ne sait quels citoyens anonymes à propos des signes extérieurs de richesse des gens du voyage (la cylindrée de leurs voitures), a rajouté une couche à la stigmatisation ambiante en annonçant le recours à des brigades de contrôleurs fiscaux !

Mais nous n’étions pas au bout de nos peines…Dans son discours incroyable au commissariat de Grenoble, le président nous annonçait une remise en cause radicale du droit de la nationalité que même Pasqua n’aurait jamais osé proposer ! Non seulement les auteurs (non français « de souche ») de crimes ou de tentatives de crimes sur des agents de la force publique pourraient se voir retirer la nationalité française, mais les jeunes issus de l’immigration nés en France pourraient ne pas obtenir la nationalité française à leur majorité (alors qu’elle est de droit) s’ils ne possédaient pas un casier judiciaire vierge ! Là on est pris de vertige et on se sent revenu 70 ans en arrière. Et il est temps de crier, de dénoncer des déclarations populistes, démagogiques, rappelant un sinistre passé, même si l’on sait que l’égalité des droits entre les citoyens français, quelle que soit la source de leur nationalité, frapperait d’inconstitutionnalité une loi qui voudrait introduire une telle discrimination.

Et il était dit que, dans un tel climat, la semaine ne se terminerait pas sans une nouvelle provocation. Elle est venue du député Ciotti, secrétaire national à la sécurité de l’UMP, avec l’annonce du dépôt d’une proposition de lois sanctionnant pénalement les familles des délinquants mineurs qui ne respecteraient pas les mesures de sécurité auxquels ils pourraient être astreints par décision judiciaire, avec la condamnation possible à deux ans d’emprisonnement ou 30 000 euros d’amende. Peut-on seulement imaginer les conséquences de telles mesures concernant des familles souvent monoparentales et largement marginalisées ? Là encore, une telle loi, si elle était adoptée, ne franchirait sans doute pas la barrière du Conseil constitutionnel, mais on compte sur l’effet d’annonce. Vis-à-vis de quels électeurs ?

Rien de tout cela ne fera diversion. Les Français savent à quoi s’en tenir. Un Etat de droit, de surcroît dans un pays qui a connu la Révolution de 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Commune et la Libération, ne peut accepter de la part de ses gouvernants des propos aussi indignes.