La garden-party du 14-Juillet a été délocalisée
LE MONDE pour Le Monde.fr | 15.07.10 | 13h20 • Mis à jour le 15.07.10 | 13h25
Il ne sera pas dit que le 14 juillet 2010 se sera déroulé sans garden-party. Cette année, l'adresse du rendez-vous avait, certes, un peu changé ; il n'y avait pas de traiteur, le chef de l'Etat n'est pas venu. Aucun des ministres du gouvernement Fillon. On n'a pas non plus aperçu Carla Bruni-Sarkozy, et les artistes qui d'ordinaire sont sur leur 31 pour ce 14-là. Pas de décoration à la boutonnière des convives. Et d'ailleurs parfois, pas de boutonnière du tout pour les participants de ce banquet républicain.
Juste après le traditionnel défilé militaire, c'est Square Villemin, dans le 10e arrondissement de la capitale qu'il fallait être. Parce que c'est bien là, à deux pas de la gare de l'Est, dans ce lieu rebaptisé le Petit Sangate parisien, un petit jardin squatté les jours ordinaires par des Afghans en transit vers la Grande-Bretagne ou installés là, que s'est déroulée la garden-party des "sans".
Sans logis, sans-emploi, sans papier et sans le sou, tous ont profité de ce jour de fête nationale pour consommer ensemble autant de chips, petits gâteaux et autres apéritifs bon marché qui ont connu un franc succès. Comme c'était tout de même jour de fête, ils avaient dressé sous le carrousel du square, un petit buffet léger qui n'a pas fait long feu tant les convives étaient nombreux.
Pour rester "politiquement correct", les responsables ont bien veillé en ces temps de crise à éviter toutes dépenses somptuaires qui rappelleraient d'autres garden-party. Le parc est depuis quelques années le point de rencontre de dizaines de réfugiés afghans qui n'ont d'autres endroits pour se réunir la journée. Et c'est cet endroit qui rappelle les errances liées à la politique actuelle d'immigration du gouvernement, qu'a choisi Utopia, le mouvement à l'origine de l'invitation pour son opération de soutien festive.
"ENVIE DE CONVIVIALITÉ"
L'invitation était claire et sans ambages "célébrons les acquis de la révolution française et fêtons notre identité plurielle". "On a fait ça pour donner un peu de couleur et de tonalité au rassemblement en soutien aux ‘sans', qu'on souhaitait organiser. Qu'ils soient sans logis, sans emploi ou sans papiers, tous ont besoin et envie de convivialité", explique Franc Pupunat, le porte parole de ce mouvement écologique, altermondialiste fondé en 1996 et proche des partis de gauche, voire d'extrême gauche.
Pour ajouter au clin d'œil, plusieurs membres du collectif No Sarkozy Day, particulièrement enthousiastes malgré des nuages menaçants, n'auraient manqué cet événement pour rien au monde. Comme les nombreux exilés présents qui, dans l'attente d'un statut de réfugié politique, se sont senti appartenir le temps d'une journée à une communauté, toute éphémère qu'elle fut.
Alors que la fête battait son plein aux alentours de 12 h 30, un surveillant du square a invité les convives sous le carrousel plein à craquer à évacuer les lieux avant que des trombes d'eau ne s'abattent sur Paris… "L'évènement sera reconduit l'année prochaine", a promis un membre d'Utopia.
Ahmed Kherraz